NOS DÉMARCHES, NOS TENTATIVES, NOS INTENTIONS
À propos
Des sources aux matériaux du spectacle
L’Inverso fait des créations qui s’écrivent au plateau.
On a le goût des sources, et du creusement de toutes les facettes d’un sujet, quelqu’en soit le moyen : des lectures (théoriques et littéraires), l'inspiration par des œuvres plastiques, cinématographiques, musicales, mais aussi la transmission de pratiques corporelles, méditatives, gestuelles. À partir d’une thématique qui surgit, dont on a envie de s'emparer, on travaille donc d’abord aux sources. À les choisir, les ordonner, les classer sans trop les ranger a priori.
Ces sources deviennent petit à petit des matériaux, c'est-à-dire qu'elles génèrent un mouvement. Selon différents protocoles, chacun·e est amené·e à s’en saisir (seul ou à plusieurs) pour proposer quelque chose : un canevas d’improvisation, un texte, une danse, un ambiance lumineuse ou sonore, une texture, une figure. Ce sont autant de matériaux qui s'additionnent, se font écho, comme pour former les briques d'un spectacle à venir. Progressivement émerge une piste, un axe qui apparaît peut-être plus fort, plus pertinent — ou simplement plus nécessaire.
C’est là que se noue la dramaturgie du spectacle, et que l’équipe entre dans une deuxième phase du travail : la construction du spectacle en lui-même
Faire toute la place à l’intuition : c’est la gageure des processus de L’Inverso, qui demandent du temps et de l’errance, pour ne pas fermer trop tôt les pistes, pour laisser à tou·te·s le temps de trouver leur place dans le sujet. Pour laisser le spectacle émerger du collectif.

Battre le silence. Carnet de recherche à partir d'archives, montage Lola Sergent
Document, intime et fiction
L’Inverso ne fait pas un théâtre documentaire, mais cherche comment des sources traversent intimement les créateur·rice·s du spectacle. Cette part d’intime peut être nommée ou gardée secrète, elle découle en tous cas des protocoles adoptés par le Collectif.
Les comédien·ne·s travaillent ainsi des matériaux qui s’ancrent dans leur vécu, toujours avec un contrepoint fictionnel, qui opère comme une brèche et pose une distance entre elleux et les figures qu’iels commencent à incarner.
Cet aller-retour entre document, intime et fiction opère aussi sur le plan de l’histoire et de la fable : loin du spectacle-thèse, le Collectif cherche toujours à questionner le pouvoir de la fiction à générer une expérience qui témoigne sans affirmer. Le rôle de la metteuse en scène, dans ce processus, est d'être constamment en dialogue, avec les interprètes et l'ensemble de l'équipe de création, pour s'assurer que toustes regardent vers le même horizon.
Nous avons aussi le goût des histoires. Nos goûts nous portent souvent du côté de la danse, des images plastiques et performatives et d'un théâtre qui se met en jeu dans ses conditions d'existence, mais sans oublier le plaisir de la fable, et son pouvoir de questionnement de nos imaginaires.
Écrire avec
Si le choix des thématiques revient aux co-fondatrices du collectif (du moins, jusqu’à présent !), l’ensemble de l’équipe du spectacle à venir est mobilisée pour contribuer à la constitution des sources puis des matériaux du spectacle.
Dans ce processus, il n’y a pas de scission entre le plateau artistique et technique : tou·te·s sont créateur·rice·s au même titre, et ont voix au chapitre quant aux orientations de la pièce. Des réunions de « dramaturgies collectives » permettent ainsi à chacun·e d’exprimer son point de vue et ses questions, depuis son endroit, sur la pièce en devenir. Nous insistons sur le pluriel de dramaturgieS, au sens où c'est bien la recherche d'une cohérence entre les différents plans de récit (celui porté par le texte, mais aussi ceux de la musique, de la lumière, des codes de jeu, des textures et des espaces) qui est recherchée : en quels endroits ces récits se rejoignent, font contrepoint, se distancient et se soutiennent.
Pour les deux premières créations du collectif, le texte verbal du spectacle est écrit par un ou deux auteurs, parce que nous souhaitions poursuivre un travail spécifique sur la langue et le rythme de la fable. La composition d'un texte signé par un·e ou plusieurs auteur·ice·s joue aussi un rôle important dans le processus de création du spectacle, puisqu'il permet de marquer une bascule vers un objet qui, s'il sera toujours amené à bouger, relève davantage d'un processus de mise en scène au sens premier du terme : les partitions s'écrivent pour se stabiliser et se réactiver. C'est en ce sens que la mise en scène est signée, parce que du regard et des choix de la metteuse en scène quant aux différents matériaux et leur agencement dans l’espace et le temps dépendent la cohérence du spectacle.
Dans notre dernière création, Celle qui voulait qu'on la regarde disparaître, nous mettons en œuvre une autre modalité d'écriture, celle-ci se faisant en dialogue entre la metteuse en scène et la comédienne, sans passer par un tiers. Ceci nous permet d'expérimenter un rapport plus direct à la matière texte, que nous continuerons à explorer dans nos prochains chantiers de création.

Tentative de cartographie - Chantier de création - REGARDE !
Politiques de production
Enfin, dans une dynamique féministe et intersectionnelle, nous cherchons toujours comment nos modes de production peuvent refléter au mieux nos engagements : politique d’équité dans les salaires, mise en crise de l’entre-soi qui induit des phénomènes de minorisation dans les distributions, discussion ouverte des processus de prise de décision. Nous nous œuvrons également dans différents cercles de discussion à des dynamiques collaboratives entre compagnies, pour sortir des logiques compétitives que les logiques institutionnelles imposent aux créateur·ice·s aujourd'hui.