À propos

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Des sources aux matériaux du spectacle

L’Inverso fait des créations qui « s’écrivent au plateau ». 

On a le goût des sources, et du creusement de toutes les facettes d’un sujet, quelqu’en soit le moyen : des lectures (théoriques et littéraires), la fréquentation d’œuvres plastiques, cinématographiques, musicales, le partage de pratiques corporelles, méditatives, gestuelles. À partir d’une thématique qui surgit, dont on a envie de s'emparer, on travaille donc d’abord aux sources. À les choisir, les ordonner, les classer sans trop les ranger a priori.

 

Ces sources deviennent petit à petit des matériaux, c'est-à-dire qu'elles génèrent un mouvement. Selon différents protocoles, chacun·e est amené·e à s’en saisir (seul ou à plusieurs) pour proposer quelque chose : un canevas d’improvisation, un texte, une danse, un ambiance lumineuse ou sonore, une texture, une figure. Ce sont autant de matériaux qui s'additionnent, se font écho, comme les briques d'un spectacle à venir. Progressivement émerge une piste, un axe qui apparaît peut-être plus fort, plus pertinent — ou simplement plus nécessaire. 

C’est là que se noue la dramaturgie du spectacle, et que l’équipe entre dans une deuxième phase du travail : la construction du spectacle en lui-même

Faire toute la place à l’intuition : c’est la gageure des processus de L’Inverso, qui demandent du temps et de l’errance, pour ne pas fermer trop tôt les pistes, pour laisser à tou·te·s le temps de trouver leur place dans le sujet. Pour laisser le spectacle émerger du collectif. 

Écrire avec 

Si le choix des thématiques revient aux co-fondatrices du collectif (du moins, jusqu’à présent !), l’ensemble de l’équipe du spectacle à venir est mobilisée pour contribuer à la constitution des sources puis des matériaux du spectacle.

Dans ce processus, il n’y a pas de scission entre le plateau artistique et technique : tou·te·s sont créateur·rice·s au même titre, et ont voix au chapitre quant aux orientations de la pièce. Des réunions de « dramaturgies collectives » permettent ainsi à chacun·e d’exprimer son point de vue et ses questions, depuis son endroit, sur la pièce en devenir. Nous insistons sur le pluriel de dramaturgieS, au sens où c'est bien la recherche d'une cohérence entre les différents plans de récit (celui porté par le texte, mais aussi ceux de la musique, de la lumière, des codes de jeu, des textures et des espaces) qui est recherchée : en quels endroits ces récits se rejoignent, font contrepoint, se distancient et se soutiennent.

Pour les deux premières créations du collectif, le texte verbal du spectacle est écrit par un ou deux auteurs, parce que nous souhaitions poursuivre un travail spécifique sur la langue et le rythme de la fable. La composition d'un texte signé par un·e ou plusieurs auteur·ice·s joue aussi un rôle important dans le processus de création du spectacle, puisqu'il permet de marquer une bascule vers un objet qui, s'il sera toujours amené à bouger, relève davantage d'un processus de mise en scène au sens premier du terme : les partitions s'écrivent pour se stabiliser et se réactiver. C'est en ce sens que la mise en scène est signée, parce que du regard et des choix de la metteuse en scène quant aux différents matériaux et leur agencement dans l’espace et le temps dépendent la cohérence du spectacle. 

Dans notre dernière création, Celle qui voulait qu'on la regarde disparaître, nous mettons en œuvre une autre modalité d'écriture, celle-ci se faisant en dialogue entre la metteuse en scène et la comédienne, sans passer par un tiers. Ceci nous permet d'expérimenter un rapport plus direct à la matière texte, que nous continuerons à explorer dans nos prochains chantiers de création.

Battre le silence, montage, L'Inverso, Lola Sergent

Battre le silence. Carnet de recherche à partir d'archives, montage Lola Sergent

NOS DÉMARCHES, NOS TENTATIVES, NOS INTENTIONS 

Document, intime et fiction 

L’Inverso ne fait pas un théâtre documentaire, mais cherche comment des sources traversent intimement les créateur·rice·s du spectacle. Cette part d’intime peut être nommée ou gardée secrète, elle découle en tous cas des protocoles adoptés par le Collectif. 

Les comédien·ne·s travaillent ainsi des matériaux qui s’ancrent dans leur vécu, toujours avec un contrepoint fictionnel, qui opère comme une brèche et pose une distance entre elleux et les figures qu’iels commencent à incarner. 

Cet aller-retour entre document, intime et fiction opère aussi sur le plan de l’histoire et de la fable :  loin du spectacle-thèse, le Collectif cherche toujours à questionner le pouvoir d’un récit scénique à générer une expérience qui témoigne sans affirmer. Le rôle de la metteuse en scène, dans ce processus, est d'être constamment en dialogue, avec les interprètes et l'ensemble de l'équipe de création, pour s'assurer que toustes regardent vers le même horizon.

Nous pensons aussi que la fable doit continuer à être questionnée. Si nos processus pourraient tendre à des dramaturgies fragmentaires, et que nos goûts nous portent souvent du côté de la danse, des images plastiques et performatives, nous continuons pourtant à faire le pari de la fable et de ses capacités à ré-inventer des imaginaires et des narrations communes.

Œuvrer ensemble

L'Inverso est également investi en tant que compagnie dans deux dynamiques collectives : le PÔLE COMPAGNIE rattaché au Collectif 12, que L'Inverso coordonne aux côtés du Groupe T et de la compagnie Sans la Nommer, et le FESTIVAL LA SOURCE BLEUE, coorganisé avec la compagnie TOTEM Récidive.

 

Bien que très différentes dans leurs buts et dans leurs temporalités, ces deux expériences de collaboration s'ancrent dans une envie de travail horizontal et collectif avec d'autres artistes et compagnies, loin des logiques de mise en compétition trop souvent synonyme d'isolement et de précarisation que nous connaisons toustes.

Partir des lieux

L’Inverso s’inscrit dans une pensée située, et nous pensons nos spectacles comme des entrelacs constants entre un lieu, les imaginaires et les gestes qui peuvent s’y déployer. Cette dynamique était au cœur de Battre le silence et de Regarde ! sans avoir été interrogée a priori. Pour ses trois prochaines créations, L’Inverso a choisi de poser la question d’entrée de jeu : le "lieu non-lieu" de l'espace virtuel pour Celle qui voulait qu'on la regarde disparaître (2022), le bus de nuit, espace clos en mouvement, pour Les Femmes du bus N13 (création 2024), et les lieux d'enfermement dits "asiles" pour sa troisième création (création 2025). 

Politiques de production 

L’Inverso, dans une dynamique féministe et intersectionnelle, cherche toujours comment ses modes de production peuvent refléter au mieux ces engagements : politique d’équité dans les salaires, mise en crise de l’entre-soi qui induit des phénomènes de minorisation dans les distributions, discussion ouverte des processus de prise de décision.